La Banque du Canada se prépare à ranger les armes

La Banque du Canada maintient son taux directeur au plancher, mais elle se prépare à ranger ses armes de combat contre l’impact de la COVID-19 sur l’économie.

test

La reprise économique progresse plus vite que prévu, même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour récupérer le terrain perdu, a souligné le gouverneur de la banque centrale, Tiff Macklem, en conférence de presse mercredi.

Pour refléter cette amélioration, la Banque du Canada réduit de 4 à 3 milliards par semaine ses achats d’obligations du gouvernement du Canada. C’est la deuxième fois que la banque réduit ces achats destinés à stimuler l’économie. Elle achetait jusqu’à 5 milliards par semaine d’obligations fédérales quand la crise a frappé.

À 3 milliards par semaine, les achats d’obligations fédérales par la Banque du Canada sont encore énormes, et ils se poursuivront aussi longtemps que nécessaire, a répété le gouverneur. La banque détient maintenant 42 % de toutes les obligations du gouvernement du Canada en circulation.

Sans surprise, le taux directeur est maintenu à son niveau historiquement bas de 0,25 %, mais la banque centrale indique maintenant que les taux d’intérêt pourraient se remettre à augmenter avant 2023, comme elle le prévoyait.

«  La Banque du Canada ouvre la porte à une première augmentation en seconde moitié de 2022.  »

- Benoit Durocher, économiste principal de Desjardins

Il est évident, selon Benoit Durocher que l’économie canadienne n’a plus besoin de tant de soutien et que d’autres réductions d’achat d’actifs sont à venir.

L’emploi se porte mieux, et un fort rebond de la consommation s’annonce au deuxième trimestre de l’année avec la progression de la vaccination et la réouverture de l’économie. La banque centrale s’inquiète toutefois de l’effet des nouveaux confinements, notamment en Ontario, et du fait que le marché du travail reste difficile pour les jeunes et les femmes.

La banque prévoit que l’économie canadienne croîtra de 6,5 % en 2021.

Le Rapport sur la politique monétaire (RPM) était très attendu. Il survient au lendemain du dépôt d’un budget fédéral très expansionniste qui prévoit des dépenses de plus de 100 milliards. Les prévisions contenues dans le RPM, faites avant le dépôt du budget, tablaient sur de nouvelles dépenses de 85 milliards, soit le milieu des sommes de 70 à 100 milliards qui avaient circulé publiquement.

Le gouverneur est d’avis que les mesures contenues dans le budget vont contribuer «  considérablement  » à la croissance en stimulant tant l’offre que la demande.

D’autres sujets d’inquiétude

En même temps, les craintes sur un retour de l’inflation continuent d’augmenter. Mercredi, Statistique Canada a fait savoir que le taux d’inflation avait atteint 2,2 % en mars en rythme annuel, le double de ce qu’il était en février (1,1 %).

Contrairement à beaucoup d’économistes, la Banque du Canada persiste à croire que la remontée observée du taux d’inflation sera temporaire. «  La Banque s’attend à ce que l’inflation mesurée par l’IPC revienne peu à peu vers 2 % durant la deuxième moitié de 2021.  »

Les autorités monétaires ont d’autres sujets d’inquiétude. La banque centrale s’inquiète de l’effet des nouveaux confinements et du fait que le marché du travail reste difficile pour les jeunes et les femmes.

La hausse du prix des maisons reste plus que jamais aussi un sujet de préoccupation pour le gouverneur, avec les augmentations fulgurantes constatées au cours des derniers mois.

«  Les gens vivent, travaillent et se divertissent à la maison, les enfants étudient à la maison. Ils veulent plus d’espace et ont moins besoin d’être près du centre-ville.  »

-Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada

Comme l’offre de maisons n’augmente pas aussi vite, les prix augmentent, mais ce serait une erreur de croire que ça va se poursuivre indéfiniment, selon lui.

La taxe de 1 % sur les logements vacants détenus par des non-résidants annoncée dans le budget va réduire la spéculation et inciter les propriétaires à louer ces logements, ce qui est positif, selon lui.

De même, Tiff Macklem salue la décision du Bureau du surintendant des institutions financières de relever de 4,79 % à 5,25 % le taux hypothécaire minimal à partir duquel les banques calculent le montant du prêt qui peut être accordé à un acheteur. Ce resserrement protégera mieux les emprunteurs contre la tentation du surendettement, a-t-il commenté.

La politique monétaire est un outil d’une portée très large, a-t-il rappelé, et les taux d’intérêt très bas actuels sont là pour aider l’ensemble de l’économie.