La pénurie de main-d'oeuvre

CALGARY — Nikita George était diplômée en beaux-arts à la recherche d'un emploi dans l'industrie de la musique lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé.

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Avec la fermeture des salles de concert et des écoles de musique, la femme de Calgary s'est rapidement rendu compte qu'elle avait deux choix : rester à la maison et attendre que les choses s'améliorent, ou s'engager sur une toute nouvelle voie.

Elle a choisi cette dernière option, en s'inscrivant à un programme de formation rapide de six mois offert par InceptionU, un organisme de formation technique à but non lucratif de Calgary. La semaine dernière, Mme George a commencé son nouveau travail en tant que développeuse généraliste pour Acuspire, une jeune entreprise technologique de Calgary.

«Au début, j'avais un peu peur, car c'est un grand saut de passer de la musique et de l'enseignement à la technologie», a confié Mme George. «J'ai pensé à attendre (que la pandémie se termine), mais je me suis alors dit que je devrais peut-être en profiter. Utiliser la pandémie pour apprendre quelque chose, développer une nouvelle compétence, afin qu'il y ait d'autres occasions que je puisse saisir.»

Beaucoup de choses ont été écrites ces derniers mois sur les employeurs canadiens aux prises avec des pénuries de main-d'œuvre 18 mois après le début de la pandémie de COVID-19. Une étude publiée mercredi fournit des preuves supplémentaires, plus de 60 % des entreprises canadiennes affirmant que la pénurie généralisée de main-d'œuvre limite leur croissance.

Le rapport, produit par la Banque de développement du Canada (BDC), combine les résultats de deux sondages – un mené auprès de 1251 entrepreneurs canadiens en mai 2021 et un autre mené auprès de 3000 employés canadiens en juin 2021. Ses résultats suggèrent que 49 % des propriétaires d'entreprise ont dû retarder des commandes aux clients ou ont été incapables de les livrer en raison d'un manque de main-d'œuvre.

Il indique également que de nombreux propriétaires de petites et moyennes entreprises ont des postes qui demeurent vacants pendant trois ou quatre mois de suite, 61 % d'entre eux déclarant qu'ils ont dû augmenter leurs propres heures ou les heures de travail de leurs employés en conséquence.

«C'est très grave, car cela ralentit la croissance de nombreuses entreprises au Canada et, par conséquent, va ralentir la croissance de l'économie», a déclaré Pierre Cléroux, économiste en chef de la BDC.

Cependant, le rapport nuance également certaines des opinions entendues jusqu'à présent sur la pénurie de main-d'œuvre. Ainsi, contrairement à l'opinion populaire, a déclaré M. Cléroux, la pandémie n'a pas créé de pénurie de main-d'œuvre au Canada – elle n'a fait qu'aggraver un problème existant. Alors que la COVID-19 a certainement perturbé le marché du travail canadien en coupant temporairement le flux d'immigrants vers le pays et en incitant certains travailleurs à démissionner plutôt que de risquer d'être exposés au virus au travail, le problème clé est la simple démographie, selon M. Cléroux.

«Aujourd'hui, 16 % des Canadiens ont plus de 65 ans. Au cours des cinq prochaines années, de nombreux Canadiens prendront leur retraite», a rappelé M. Cléroux. «Et peu de jeunes entrent sur le marché du travail.»

Certains employeurs qui ont du mal à embaucher ont suggéré que la Prestation canadienne d'urgence (PCU) et d'autres programmes d'aide gouvernementale pourraient rendre plus attrayant pour les employés de rester à la maison plutôt que de retourner sur le marché du travail à mesure que l'économie s'ouvre. Mais le rapport de la BDC suggère que l'élimination progressive de la PCU et des autres programmes semblables ne résoudra pas le problème.

Alors que des secteurs comme l'hébergement et les services de restauration, la vente au détail et la fabrication ont perdu des milliers d'emplois pendant la pandémie, les services professionnels et commerciaux, l'éducation, l'administration publique et les soins de santé ont en fait gagné des travailleurs pendant la même période. En fait, le rapport indique que 20 % des travailleurs qui ont perdu leur emploi pendant la pandémie travaillent désormais, comme Nikita George, dans un domaine entièrement différent.

«Maintenant, ils préfèrent ce travail, alors ils ne retourneront pas en arrière. Cela aggrave la situation de certains secteurs de notre économie», a déclaré M. Cléroux. «Nous voulons envoyer un signal aux entreprises que c'est un problème à long terme.»

M. Cléroux a suggéré que les employeurs devraient se tourner vers l'automatisation et la technologie pour aider à relever les défis de la main-d'œuvre, ainsi qu'offrir une «rémunération totale» qui comprend par exemple des avantages sociaux, une formation et de la flexibilité pour aider à attirer des candidats.

Dans un rapport publié en août, le Business Council of Alberta a également conclu que les programmes de soutien en période de pandémie comme la PCU ne sont pas le facteur déterminant de la pénurie de main-d'œuvre. Environ le quart des entreprises interrogées par le conseil ont dit que les soutiens du revenu sont un obstacle à la recherche de travailleurs, mais seulement 7 % ont déclaré qu'il s'agissait de l'obstacle le plus important.

Le groupe a déclaré qu'«une rémunération accrue, une plus grande flexibilité du travail à distance, une formation professionnelle améliorée et une microaccréditation» pourraient être nécessaires pour les employeurs cherchant à attirer des travailleurs et à réduire la rotation du personnel.

Amanda Stephenson, La Presse Canadienne



Cet article a été tiré de La Presse Canadienne et a été légalement autorisé par le réseau d’éditeurs Industry Dive. Pour toutes questions de droits d’auteur, veuillez écrire à legal@industrydive.com.