De la géopolitique aux bénéfices : une semaine de soulagement, de résilience et de retenue
Les investisseurs sont-ils trop sceptiques?
Une fois le bruit ambiant écarté, le contexte des bénéfices semble exceptionnellement solide. Les récentes surprises économiques ont été positives, les révisions sont orientées à la hausse et la croissance est généralisée à l’ensemble des secteurs. L’indice Citi des surprises économiques a atteint son plus haut niveau depuis la fin de 2023, confirmant que l’économie américaine a abordé cette période avec plus de dynamisme que prévu.
Le cycle économique lui-même montre des signes d’amélioration. Après des années de contraction, le secteur manufacturier se redresse, le secteur des services prend de la vitesse et les indicateurs avancés mondiaux s’orientent à la hausse. Les révisions des bénéfices pour 2026 dépassent largement les tendances historiques, et le consensus des analystes de Wall Street table à nouveau sur une croissance à deux chiffres ce trimestre.
Si ces analystes ont raison, cela marquerait six trimestres consécutifs de croissance des bénéfices à deux chiffres, ce qui serait une première depuis la reprise qui a suivi la crise financière mondiale.
Pourtant, le positionnement n’en tient pas compte. L’exposition des investisseurs reste plus proche des niveaux habituellement observés lorsque les bénéfices reculent, et non lorsqu’ils accélèrent. Les fondamentaux sont solides, mais les investisseurs n’adhèrent pas encore pleinement à la dynamique qu’ils dessinent.
Que nous apprend le cessez-le-feu quant à la reprise?
Le cessez-le-feu au Moyen-Orient, aussi fragile soit-il, a suffi à déclencher une vive réaction dans certains des secteurs les plus touchés. Les compagnies aériennes ont mené le bal, leurs actions affichant des rebonds à deux chiffres, alors que les prix du pétrole se repliaient par rapport à leurs récents sommets. C’est là un exemple marquant de la rapidité à laquelle les marchés peuvent se revaloriser lorsque la pression retombe. Bien que les coûts du carburant aient bondi, que les marges aient été comprimées et que les attentes aient été revues à la baisse, une normalisation partielle du prix du pétrole a suffi à améliorer les perspectives. Cela dit, la reprise ne sera pas immédiate. Les prix du carburant restent élevés, les perturbations de l’offre n’ont pas encore été pleinement résorbées par le système et les pressions sur les prix devraient persister. Mais la trajectoire du changement est plus importante que son ampleur.
Comment la Fed réagira-t-elle à une inflation persistante?
Les données sur les dépenses de consommation personnelle de base aux États-Unis ont progressé de 3 %, exactement comme prévu, avec une inflation globale de 2,8 %. Les gains mensuels ont été solides, mais n’ont pas dépassé les attentes. Autrement dit, l’inflation reste supérieure à la cible, sans pour autant repartir hors de contrôle. Les dépenses de consommation se sont maintenues, progressant de 0,5 % sur le mois, malgré un léger recul des revenus. La croissance a toutefois montré des signes de ralentissement, le produit intérieur brut (PIB) ayant été révisé à la baisse pour le quatrième trimestre. La Réserve fédérale américaine (la Fed) se retrouve donc dans une position bien connue. L’inflation est toujours trop élevée pour crier victoire, mais l’économie n’est pas assez forte pour justifier un resserrement supplémentaire. Si l’on ajoute à cela l’incertitude liée aux prix de l’énergie et aux événements géopolitiques, il en résulte que la banque centrale continuera probablement à privilégier la patience. Les marchés s’ajustent lentement à cette réalité. La barre reste haute pour des baisses des taux, mais encore plus pour des hausses.
Les bénéfices seront-ils à la hauteur des attentes?
La saison de publication des bénéfices débute la semaine prochaine et elle passera rapidement au premier plan. Comme les données macroéconomiques se maintiennent et que le positionnement reste prudent, le cadre est constructif. Si les entreprises peuvent répondre aux attentes, les fondamentaux pourraient enfin commencer à combler l’écart avec l’humeur.
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.