Des bénéfices spectaculaires n’ont pas suffi à soutenir les actions liées à l’IA
Que s’est-il passé avec l’action de Nvidia cette semaine?
Sur le papier, Nvidia a livré un autre trimestre exceptionnel. Le chiffre d’affaires s’est établi à 68,13 G$, en hausse de 73 % sur un an, surpassant les estimations de 2,2 G$. Le chiffre d’affaires des centres de données a atteint 62,31 G$, en hausse de 75 %. Le bénéfice par action ajusté a atteint 1,62 $ alors que les prévisions étaient de 1,53 $. La marge brute (les bénéfices de la société après les coûts de production) s’est établie à 75,2 %. Les flux de trésorerie disponibles (soit les sommes générées après le règlement des charges d’exploitation et des dépenses en immobilisations) s’élevaient à la somme impressionnante de 34,9 G$, soit plus du double de l’an dernier.
Les prévisions de la société concernant sa future performance financière étaient encore plus solides : un chiffre d’affaires pour le premier trimestre fixé à un point médian de 78 G$, soit plus de 5 G$ au dessus du consensus. La marge brute devrait se maintenir à environ 75 %. Les besoins en approvisionnement sont couverts pour plusieurs trimestres. Et ces prévisions ne tiennent pas compte des revenus provenant de la Chine. Par ailleurs, un pipeline de 500 G$ pour l’exercice 2027 reste intact.
Des résultats tout simplement parfaits et très impressionnants. Et pourtant…
L’action a effacé ses gains post-résultats et sa valeur a reculé de 5 %. Les remarques du chef des services financiers de la société selon lesquelles les concurrents chinois « gagnent du terrain » n’ont pas aidé. Les investisseurs souhaitent également obtenir plus de clarté concernant la montée en cadence des plateformes Blackwell et Rubin de la société.
Voici à quoi ressemble le leadership en fin de cycle; des chiffres spectaculaires ne suffisent plus. Le marché ne se demande plus « Quelle est l’ampleur de la demande? », mais plutôt « La domination peut elle durer? ». Nvidia représentant près de 8 % de l’indice S&P 500, la réaction importe pour tout le monde. Les fondamentaux ne se fissurent pas, mais la barre des attentes ne cesse de monter.
Comment le secteur de l’IA se porte-t-il?
Depuis le début de l’année, la performance du secteur de l’IA a considérablement divergé. Les premiers leaders du cycle de l’IA (logiciels, semi-conducteurs et modèles de plateforme) ne sont plus clairement en tête. Entre-temps, les secteurs de l’industrie, de l’énergie, des matériaux et certains segments du secteur de la finance se sont discrètement renforcés. Il s’agit là d’une rotation délaissant les modèles peu capitalistiques au profit de modèles plus intensifs en capital.
Les entreprises à faible intensité capitalistique se négocient en fonction de la durée et des marges. Leur valeur se situe loin dans l’avenir. Les secteurs à forte intensité capitalistiques sont différents. Ils possèdent l’infrastructure. Ils possèdent l’énergie. Ils possèdent des capacités physiques. Ils bénéficient des cycles de dépenses en capital, du rapatriement (une augmentation des emplois manufacturiers nationaux), des dépenses de défense et de la rareté des marchandises.
La croissance de l’IA nécessite beaucoup de capital. Les centres de données ont besoin d’acier, d’énergie, de systèmes de refroidissement, de cuivre et de mises à niveau du réseau électrique. En d’autres termes, même si l’enthousiasme pour l’IA diminue, le cycle d’investissement physique se poursuivra. Cela a été très évident cette semaine, mais il est possible que nous ayons atteint un pic dans les craintes liées à la disruption de l’IA et que nous assistions maintenant aux débuts d’un rebond des titres qui avaient été les plus durement touchés. Reste à voir si la tendance se maintiendra la semaine prochaine.
Comment Diageo a-t-elle performé?
La société de spiritueux et de boissons alcoolisées Diageo a chuté de 7,5 % après avoir revu ses prévisions à la baisse pour la deuxième fois depuis le début de l’exercice. On s’attend maintenant à ce que les ventes internes reculent de 2 à 3 %, alors que les prévisions précédentes tablaient sur des ventes stables. Les ventes internes du premier semestre ont chuté de 2,8 %. Le bénéfice d’exploitation en Amérique du Nord a reculé de 15 %. Les ventes nettes de spiritueux américains ont chuté de 9,3 %.
Depuis son sommet de 2021, l’action de Diageo a reculé de plus de 50 %; elle se négocie maintenant près des niveaux de 2015.
Sa performance en Europe était plus solide, mais le principal défi de la société se situe aux États Unis et en Chine. Les jeunes consommateurs boivent moins. Les consommateurs à plus faible revenu sont sous pression. La premiumisation ralentit. Même avec des gains d’efficacité, il reste difficile de compenser la pression exercée sur les revenus.
Que nous révéleront les données manufacturières?
Le mois prochain apportera une série de nouvelles données économiques, y compris les données de l’ISM sur le secteur manufacturier, qui s’avéreront très intéressantes étant donné que les dernières données sur le produit intérieur brut des États-Unis étaient extrêmement décevantes. Les données manufacturières indiqueront elles que ce chiffre est un cas isolé ou viendront elles plutôt confirmer un affaiblissement? Nous en discuterons la semaine prochaine.
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.