Les marchés composent avec la guerre, la croissance de l’IA et l’inflation
Les prix du pétrole continueront-ils de grimper?
L’incertitude engendrée par la guerre au Moyen-Orient demeure immense, mais pour l’instant, les marchés réagissent comme si le choc était contenu plutôt que comme s’il s’agissait d’un changement de régime macroéconomique. La variable clé reste l’approvisionnement en énergie. Historiquement, les chocs géopolitiques déstabilisent rarement les marchés boursiers sauf lorsque l’approvisionnement en pétrole est gravement touché. Cela reste le scénario de base. Le pétrole continue de circuler, et l’économie mondiale se portait plutôt bien avant le conflit. Le niveau de liquidité est élevé, les conditions de crédit demeurent favorables et la plupart des secteurs de l’économie étaient essentiellement en mode reprise avant l’éclatement du conflit.
Le scénario de risque est assez simple : si le conflit s’étend et freine l’acheminement d’énergie par le détroit d’Ormuz, le prix du pétrole pourrait approcher les 100 $, et la conjoncture macroéconomique changerait rapidement. Pour l’instant, cependant, les investisseurs estiment toujours que le pétrole finira bien par trouver son chemin, comme c’est souvent le cas.
De quoi ont l’air les bénéfices d’Oracle?
Oracle a enregistré de solides bénéfices grâce à la forte progression de la demande d’infrastructure infonuagique liée à l’intelligence artificielle. Ses revenus tirés de l’infonuagique ont nettement bondi et ses ventes d’infrastructures ont progressé de plus de 80 % sur 12 mois, alors que l’entreprise continue de construire des centres de données à haute capacité pour entraîner et exécuter les modèles d’IA de ses clients. Ses prévisions pour les prochains trimestres sont également excellentes, ce qui renforce l’idée selon laquelle la demande d’infrastructures d’IA devrait rester forte.
Or, ce sont les dépenses qui ont retenu l’attention.
De fait, les dépenses d’investissement d’Oracle ont explosé, l’entreprise s’étant lancée dans une course pour bâtir l’infrastructure physique nécessaire aux calculs de l’IA. Cette flambée des dépenses est la principale raison qui explique la chute de l’action depuis ses sommets précédents, car les investisseurs accordent de plus en plus d’importance à l’ampleur de la dette et du capital nécessaires pour financer l’expansion. Autrement dit, l’occasion que représente l’IA est aussi grande que le capital qu’elle exige.
Le conflit au Moyen-Orient provoquera-t-il de l’inflation?
L’attention s’est principalement concentrée sur le pétrole dans le conflit au Moyen-Orient. Un autre produit de base pourrait toutefois faire les frais des problèmes d’approvisionnement dans le détroit d’Ormuz : les engrais. Plus d’un tiers du commerce mondial des engrais passe par ce corridor, et les perturbations ont déjà commencé à faire grimper les prix de manière importante au moment même où débute la saison des semis printaniers. Aux États-Unis, les prix de l’engrais à base d’urée (utilisé pour la croissance rapide des plantes) ont bondi de près de 30 % en une semaine depuis le début des hostilités.
Si les approvisionnements en engrais se resserrent pendant cette période critique de semis, les agriculteurs pourraient réduire leur utilisation, ce qui diminuerait le rendement des récoltes plus tard dans l’année. Ainsi, on pourrait observer une nouvelle vague d’inflation causée par la hausse des prix des aliments. On estime que les perturbations d’approvisionnement en engrais pourraient à elles seules faire augmenter l’inflation alimentaire d’environ deux points de pourcentage et l’inflation globale de près de 0,15 point de pourcentage aux États-Unis. Autrement dit, même si le pétrole continue de circuler, la guerre pourrait tout de même toucher les consommateurs à l’épicerie.
Le marché se porte-t-il bien?
Pour l’heure, les marchés continuent de faire preuve d’une résilience remarquable. Les bases de l’économie restent largement favorables aux actifs à risque (comme les actions), et les conditions de liquidité demeurent bonnes. Mais plus le conflit s’éternise, plus grande est la probabilité que la hausse des coûts de l’énergie, les conditions financières plus strictes et l’augmentation des prix des aliments finissent par éroder cette résilience. Cela dit, il faut se rappeler que l’histoire joue en notre faveur. La guerre assombrit presque toujours les perspectives économiques au départ, mais les marchés et les économies finissent par s’adapter, même lorsque les conflits se prolongent.
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.