Le calme, en surface seulement
Quel a été l’impact de l’Iran sur les marchés?
Ces jours-ci, les changements se produisent à un rythme échevelé. Les manchettes peuvent faire réagir les marchés d’heure en heure, mais le S&P 500 n’a pratiquement pas bougé depuis des semaines. Sous une surface apparemment calme, l’agitation est intense. Les rotations sectorielles (phénomène par lequel les investisseurs transfèrent l’argent d’un secteur à l’autre) ont été brutales, et le positionnement spéculatif (opérations à court terme très risquées) dans les actions, les taux, les devises et les produits de base a donné lieu à des liquidations forcées. L’histoire nous rappelle quelques faits. Au cours des quarante dernières années, plus de 20 campagnes de frappes aériennes ont été menées par les États-Unis au Moyen-Orient, et huit semaines plus tard, le S&P était en hausse dans 95 % des cas. Les marchés s’adaptent rapidement aux chocs géopolitiques, sauf si quelque chose de très fondamental se produit. La plupart du temps, ce « quelque chose », c’est l’énergie. Lorsque le pétrole circule librement, les marchés boursiers se laissent peu distraire par le bruit ambiant. Sinon, les choses changent rapidement. Pour l’instant, le scénario de base prévoit que le pétrole continuera de circuler. Le Brent devrait ainsi se maintenir aux alentours de 85 $ à court terme. Quant au scénario de risque, il est assez simple : si les flux restent perturbés assez longtemps, le pétrole pourrait atteindre les 100 $ et changer le discours sur les marchés. Mais jusqu’à maintenant, l’histoire nous donne raison.
Que s’est-il passé en Chine?
La Chine a discrètement reconnu ce que les marchés soupçonnaient depuis un certain temps. Lors de l’Assemblée nationale populaire, le premier ministre Li Qiang a établi la cible du produit intérieur brut du pays pour 2026 dans une fourchette de 4,5 à 5 %. Il s’agit de la cible la plus basse depuis le début des années 1990, et c’est la première fois que Beijing émet ouvertement une prévision sous le seuil symbolique des 5 %. Le ralentissement est attribuable au marché intérieur. Le secteur de l’immobilier, qui représentait autrefois le quart de l’activité économique, demeure en plein marasme, avec une baisse des ventes, un recul des mises en chantier et de nombreuses défaillances chez les promoteurs. Qui plus est, la demande intérieure demeure faible. Le chômage élevé chez les jeunes, la prudence des ménages et le filet social limité favorisent toujours l’épargne au détriment de la consommation. La machine à exporter de la Chine, qui a généré un surplus commercial record l’an dernier, est encore puissante, mais le vieux modèle basé sur l’immobilier, les infrastructures et l’investissement est manifestement en train de s’essouffler. Ce ralentissement semble de plus en plus accepté par les décideurs, qui se tournent vers des changements structurels à long terme. N’oublions pas, cependant, que les mauvaises nouvelles macroéconomiques ne sont pas nécessairement mauvaises pour les marchés boursiers. Elles peuvent, en fait, accélérer les réformes et les mesures de soutien. Une mauvaise nouvelle est une mauvaise nouvelle, mais tout est affaire de perspective. Toujours est-il que les prix élevés du pétrole ne favorisent habituellement pas les actions asiatiques.
La production manufacturière est-elle toujours en croissance aux États-Unis?
Si l’on en croit les données manufacturières américaines, il n’y aurait pas de quoi s’inquiéter. L’indice ISM des directeurs d’achat du secteur manufacturier a légèrement reculé, mais demeure au-dessus du seuil de 50 qui différencie l’expansion de la contraction. Par contre, les nouvelles commandes sont en recul, tout comme la demande pour les exportations, et les entreprises deviennent plus réticentes à embaucher. Les perturbations météorologiques ont peut-être faussé les données récentes, mais les entreprises font ressortir un phénomène plus persistant : l’incertitude politique, notamment en matière de droits de douane, pèse sur la confiance et les plans d’investissement. Les signaux d’inflation demeurent contradictoires eux aussi. Certaines études montrent une réduction du coût des intrants, tandis que d’autres montrent des prix en augmentation rapide, qui reflètent la volatilité sur les marchés de l’énergie et des produits de base. Pourtant, l’indice s’est maintenu au-dessus de 50, ce qui est synonyme de croissance.
Les marchés sont-ils immunisés aux distractions?
La plus importante leçon que l’on doit retenir des dernières semaines serait tout simplement liée au comportement. Les marchés ont appris à absorber les distractions géopolitiques plus rapidement que les manchettes elles-mêmes peuvent durer. À moins de graves perturbations dans les flux énergétiques, les investisseurs passent rapidement à autre chose. Les risques ne s’en trouvent pas réduits; c’est simplement que les marchés savent maintenant composer avec cette réalité.
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.