Les taux obligataires ont augmenté, malgré un ralentissement de l’inflation aux États-Unis
Pourquoi les taux des obligations à long terme ont-ils augmenté alors que l’inflation a ralenti?
Mercredi, les données sur l’inflation, tant attendues par le marché obligataire, ont été publiées. L’indice PCE de base (indice de prix relatif aux dépenses de consommation des ménages, un indicateur clé de l’inflation aux États-Unis) a augmenté de 0,2 % en août, alors que le taux attendu était de 0,3 %, et la probabilité d’un relèvement des taux d’intérêt en octobre est passée d’environ 51 % à environ 35 %. Les taux des obligations à court terme et le dollar américain ont baissé au moment de l’annonce. Toutefois, dans les heures qui ont suivi, ces deux baisses étaient effacées.
Les taux obligataires à long terme ont fait l’inverse. Le taux des obligations du Trésor à 10 ans a terminé le mois de septembre à 5,29 % (son plus haut niveau depuis 2002), en hausse d’environ 55 points de base (0,55 point de pourcentage) pour le mois, ce qui représente une septième augmentation mensuelle consécutive; une telle série de hausses n’avait pas été observée depuis 2011. Après sept séances consécutives de hausse, le taux des obligations du Trésor à 30 ans a atteint 5,63 %, un sommet inégalé depuis juin 2002. Le Trésor américain a triplé ses rachats d’obligations à long terme pour les porter à 6 G$, mais les marchés l’ont à peine remarqué.
C’est le signe le plus clair à ce jour que la Réserve fédérale américaine (la Fed) a perdu la maîtrise des taux d’intérêt à long terme. Ceux à court terme réagissent conformément à l’orientation que leur donne le président de la Fed, Kevin Warsh. Les taux obligataires à long terme évoluent en fonction des déficits, de l’offre de titres du Trésor américain et d’obligations de sociétés, et en fonction du pétrole (le prix du brut Brent ayant augmenté de plus de 40 % par rapport à ses creux de juin). Les investisseurs demandent une meilleure rémunération pour les titres de créance à 30 ans, et le fait que l’inflation ait ralenti n’y change rien.
Qu’est-ce qui explique cet élargissement rapide des écarts de crédit américains?
Tandis que l’attention se focalisait sur les taux des obligations du Trésor, les obligations de sociétés américaines ont accéléré. L’écart des obligations à rendement élevé selon l’indice ICE BofA a bondi, passant de 2,66 % le 21 septembre à 3,08 % mardi, soit plus de 40 points de base (0,4 point de pourcentage) en un peu plus d’une semaine. La situation est pire pour les obligations les moins bien notées, les écarts des titres cotés CCC ayant atteint leur plus haut niveau depuis novembre 2023, soit près de 968 points de base (ce qui signifie que les investisseurs et investisseuses veulent 9,68 points de pourcentage de plus en intérêts, comparativement aux obligations gouvernementales, pour prêter de l’argent aux sociétés ayant le niveau de risque le plus élevé). Cette situation est largement due à un problème d’offre. En septembre (le mois le plus occupé de l’année), les ventes d’obligations à rendement élevé se sont chiffrées à 38,5 milliards de dollars. C’est SoftBank qui a annoncé la plus grosse émission d’obligations, d’une valeur de 10 milliards de dollars. Paramount a lancé une émission de 44 milliards de dollars, cette semaine.
Les actions ont terminé le trimestre à quelques points de pourcentage de leurs sommets, tandis que les investisseurs en obligations de sociétés ont continué de demander toujours plus pour les titres de créance des sociétés moins bien cotées. Ce qui pose problème aujourd’hui, c’est l’offre. Si la fenêtre d’emprunt se rétrécit pour les entreprises qui en ont le plus besoin, ce sont les bénéfices qui poseront problème.
Comme se porte l’économie canadienne?
Mardi, deux annonces importantes pour le marché canadien ont été faites. Statistique Canada a indiqué que le produit intérieur brut a stagné en juillet, après trois mois de croissance, la construction et les services aux collectivités ayant progressé, tandis que le secteur manufacturier perdait 0,9 %. Également mardi matin, une interdiction d’importation de produits canadiens aux États-Unis est entrée en vigueur. Elle représente environ 967 millions de dollars et vise principalement (à 87 %) des boissons alcoolisées; certains produits laitiers et des motocyclettes sont également touchés. Le Québec sera directement touché par l’interdiction sur les motocyclettes puisque les modèles à trois roues Can-Am Spyder et Canyon de Bombardier Produits récréatifs se verront refuser l’accès au marché américain. Toutefois, l’entreprise s’attend à ressentir l’impact principalement l’an prochain. Lundi, l’indice S&P/TSX (qui suit les actions des plus grandes entreprises canadiennes) a clôturé à un plancher qui n’avait pas été observé depuis près de deux mois.
Ces deux annonces ont moins d’incidence qu’il n’y paraît. L’estimation anticipée montre une croissance de 0,2 % en août, et les économistes prévoient une croissance annualisée comprise entre 1,5 % et 2 % pour le troisième trimestre (ce qui est proche des prévisions de la Banque du Canada). L’interdiction porte sur environ 0,1 % des 880 G$ que représentent nos échanges commerciaux avec les États-Unis.
La pression réelle sur le Canada viendra du marché obligataire; la hausse des taux des obligations mondiales fera augmenter les coûts d’emprunt pour le Canada et resserrera les conditions financières, indépendamment de la volonté de la Banque du Canada.
Que nous révèlera la période des résultats?
Après une semaine marquée par un ralentissement de l’inflation, une hausse des taux des obligations à long terme et une hausse des coûts d’emprunt, la question est simple : le marché obligataire permettra-t-il au marché boursier de savourer les bonnes nouvelles? Nous avons hâte de connaître les résultats du troisième trimestre, qui seront publiés dans deux semaines et devraient nous donner des raisons de nous réjouir.
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