Divergence des banques centrales et réactions contrastées aux résultats des géants de l’infonuagique
Pourquoi la Banque du Canada a-t-elle relevé son taux directeur?
Mercredi, la Banque du Canada (BdC) a haussé son taux directeur d’un quart de point de pourcentage, le faisant passer à 2,5 %. Il s’agit de sa première hausse depuis juillet 2023. Les marchés l’avaient anticipé, de sorte que leur réaction a été modérée; les taux des obligations à deux ans n’ont augmenté que de quelques centièmes de point de pourcentage, et le huard est resté stable.
L’inflation de base (qui exclut l’alimentation et l’énergie) avoisine les 2 %, le taux de chômage oscille autour de 6,5 % depuis des mois, et la BdC estime qu’il subsiste une offre excédentaire dans l’économie. Ces conditions justifieraient habituellement un maintien du taux directeur. Toutefois, la BdC a relevé ce taux, car ses nouvelles prévisions ont changé la donne. L’inflation globale (qui inclut les aliments et l’énergie) devrait se maintenir à environ 3 % pendant la majeure partie de 2027; elle devrait augmenter pour s’établir à environ 3,5 %, vers la fin de l’année, puis redescendre à environ 2 % vers la mi-2028. L’objectif déclaré est de réduire le risque que la persistance des prix élevés de l’énergie se propage à tout le reste. Cette hausse joue donc un rôle préventif. La croissance du produit intérieur brut du Canada donnait à la BdC une certaine latitude pour maintenir les taux à de bas niveaux, puisque les prévisions ont été révisées à la hausse, soit un taux de croissance de 1 % cette année et de 2 % pour 2027 et 2028, alors que les exportations se sont affermies compte tenu de la robustesse de la demande en provenance des États-Unis et de la production plus élevée d’énergie. Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a laissé la porte ouverte à d’autres hausses de taux, mais a promis de procéder avec prudence. La décision de la Réserve fédérale américaine a été favorable à cette position, comme vous le verrez ci-dessous. La prochaine décision sur les taux aura lieu le 9 décembre.
Pourquoi la Réserve fédérale américaine a-t-elle maintenu son taux directeur?
Quelques heures plus tard, la Réserve fédérale américaine (la Fed) a maintenu son taux à 3,75‑4 %. Le vote a été de 10 contre 2, la gouverneure Lisa Cook et la présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, préférant une hausse. Selon le communiqué, le comité pourra plus facilement adopter l’orientation nécessaire à un retour rapide à une inflation de 2 % lorsque de nouvelles données seront disponibles. Le président de la Fed, Kevin Warsh, a encore une fois refusé de fournir des indications prospectives, affirmant qu’il n’y croit qu’en période de crise. Il a déclaré que la croissance s’était raffermie, a insisté sur le fait que la politique n’avait joué aucun rôle dans sa décision (six jours avant les élections de mi-mandat aux États-Unis) et annoncé que la Fed tiendra moins de votes sur les taux à partir de l’année prochaine. Les marchés voient cette décision comme une pause, potentiellement suivie de hausses de taux. De nouvelles projections seront disponibles pour la réunion de la Fed de décembre, ce qui devrait probablement entraîner une hausse.
L’ironie de la situation est difficile à ignorer. Pendant des mois, la Fed s’est montrée favorable à des relèvements de taux et la Banque du Canada s’est montrée disposée à attendre avant de prendre une décision. Mercredi, le taux directeur canadien a bougé et le taux américain est resté inchangé. Les deux banques centrales ont suivi leurs propres prévisions, et l’inflation au Canada se montre maintenant plus persistante que ce qui était prévu en juillet.
Pourquoi les annonces de Microsoft et d’Alphabet ont-elles eu des réactions différentes?
Microsoft et Alphabet ont publié leurs résultats trimestriels mercredi soir, et toutes deux montraient une accélération de la demande infonuagique. La division Azure de Microsoft a enregistré une croissance de 48 % pour s’établir à 33,2 milliards de dollars, dépassant les prévisions de la société quant à sa performance financière. Google Cloud a inscrit une croissance de 103 %, atteignant 30,7 milliards de dollars, avec un bénéfice d’exploitation de 11,1 milliards de dollars. Les marchés ont eu deux réactions contraires : l’action de Microsoft a progressé après la clôture du marché, tandis que le titre d’Alphabet a fortement chuté.
Cette différence est attribuable aux coûts. Microsoft a dépensé 45,2 milliards de dollars en investissements et a tout de même généré 18,6 milliards de dollars en flux de trésorerie disponibles. Alphabet a dépensé 51,4 milliards de dollars, soit plus du double comparé à il y a un an, et a brûlé 9,1 milliards de dollars en trésorerie, enregistrant son deuxième trimestre consécutif de flux de trésorerie disponibles négatifs. L’entreprise a maintenu sa fourchette des dépenses en investissements pour 2026 entre 195 et 205 milliards de dollars et indiqué que les dépenses augmenteront considérablement en 2027. Les recettes publicitaires d’Alphabet liées aux moteurs de recherche et à YouTube ont déçu les attentes.
C’est ainsi que le marché évalue les titres depuis cet été. Une croissance est appréciée, mais c’est le financement qui détermine la réaction. Microsoft finance sa croissance dans le domaine de l’IA grâce à ses activités d’exploitation. Alphabet finance une croissance qui ne cesse de prendre de l’ampleur avec de l’argent que ses activités d’exploitation ne produisent pas encore. Il s’agit de la plus forte croissance du segment, mais elle obtient la réaction la plus modérée de la part des marchés, pour un deuxième trimestre d’affilée.
Que faut-il surveiller la semaine prochaine?
Les élections de mi-mandat aux États-Unis auront lieu le mardi 3 novembre. Les réactions du marché au résultat de ces élections sont incertaines, mais nous verrons. Les données sur l’emploi seront publiées des deux côtés de la frontière plus tard durant la semaine.
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