Hausse du pétrole, droits de douane bilatéraux et relèvement probable des taux
Quelles sont les incidences d’un baril à 100 $?
La semaine dernière, le baril se situait autour de 90 $ et les banques centrales continuaient de débattre au sujet de possibles hausses de taux. Cette semaine, le prix du pétrole a dépassé 100 $ et les débats ont cessé. C’est la première fois que le pétrole franchit ce cap depuis juillet, soit depuis que l’Iran a averti qu’il répondrait à toute menace, et que le conflit s’est à nouveau intensifié.
Le marché boursier a cessé d’être indifférent. Au cours d’une semaine écourtée par un jour férié, les actions américaines ont chuté, les dommages étant concentrés dans les petites capitalisations.
Cela s’explique par l’accélération et l’effet domino observés : pendant des mois, le pétrole était un thème géopolitique qui faisait les manchettes et que le marché pouvait ignorer. À 100 $ le baril, le pétrole devient un facteur d’inflation qui a des conséquences dans toutes les prévisions; c’est précisément le « risque de transmission » signalé par la Banque du Canada, la semaine dernière.
Quelle est la probabilité d’une hausse de taux aux États-Unis?
Les données ont confirmé les inquiétudes à l’égard de l’inflation. L’indice des prix à la production du mois d’août a augmenté de 0,4 %, portant le taux annuel à 5,4 %, et la probabilité d’un relèvement de taux lors de la réunion de la Fed la semaine prochaine a bondi pour s’établir à environ 70 %, contre 61 % le jour précédent. Les marchés anticipent maintenant une deuxième augmentation avant la fin de l’année, et une grande banque estime que les dépenses de consommation personnelle de base (un indicateur d’inflation qui exclut les aliments et l’énergie) augmentent à un rythme qui justifierait une telle décision.
De ce fait, le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans (soit le taux d’intérêt des obligations du gouvernement américain à 10 ans) a clôturé à 4,83 % mercredi, son plus haut niveau depuis octobre 2023, et a encore progressé jeudi, les taux des titres du Trésor atteignant des sommets inégalés depuis 52 semaines.
Le détail qui méritait l’attention des marchés est venu de Washington. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a annoncé que le Trésor comptait tripler son prochain programme de rachat d’obligations, précisément pour freiner la hausse des coûts d’emprunt, mais les taux obligataires ont tout de même augmenté. Lorsqu’un acheteur de cette envergure se manifeste et que le marché évolue dans la direction opposée, cela témoigne de pressions fondamentales plutôt que techniques. Cette réaction a reçu beaucoup moins d’attention qu’elle ne le méritait. Écoutez le balado de cette semaine pour d’autres réflexions.
Quelle réponse le Canada donne-t-il à l’offensive douanière?
Les contre-mesures douanières du Canada sont entrées en vigueur mardi à 0 h 01, et elles répondent aux droits de douane américains, dollar pour dollar. Elles ciblent 27,6 milliards de dollars de produits américains, et appliquent des surtaxes de 15 %, 25 % et 50 % à plus de 700 catégories, y compris l’acier, les produits laitiers, les électroménagers, l’équipement agricole, les pâtes et papiers et l’électronique. L’acier, l’aluminium et le fer en provenance des États-Unis sont maintenant assujettis à une surtaxe de 50 % à leur entrée au Canada.
Il y a deux semaines, nous affirmions que les droits de douane ne sont pas un thème majeur pour le marché boursier canadien, puisque les secteurs des matériaux, de l’énergie et de la finance représentent environ 70 % de l’indice TSX et qu’ils ne sont pas, dans l’ensemble, touchés par les droits de douane. Cette analyse tient toujours la route, et cette semaine, le marché récompense généreusement le secteur de l’énergie. Toutefois, les conséquences indirectes sont maintenant réelles. Les deux gouvernements augmentent le coût de certains produits au moment même où le pétrole accroît les coûts de tout le reste, et les banques centrales doivent considérer cela comme de l’inflation, quelle qu’en soit la cause.
Que nous réserve la prochaine réunion de la Fed?
Le Federal Open Market Committee (le comité de politique monétaire de la Fed) se réunira les 15 et 16 septembre; un relèvement des taux est maintenant la décision la plus probable, plutôt qu’une décision possible. Étant donné que, cette semaine, le pétrole a franchi la barre des 100 $, le Trésor américain a tenté de plafonner les taux obligataires et a échoué, et les hostilités commerciales sont devenues bilatérales, il ne s’agit plus de se demander si la Fed modifiera les taux, mais quand.
Pour d'autres réflexions, écoutez le dernier balado de l'équipe Stratégie de placement d'IG.