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Pourquoi les jeunes préfèrent rester à la maison (et ce que révèle cette tendance)

Aujourd’hui, beaucoup préfèrent rester chez soi plutôt que de sortir, ce qui semble tout à fait logique d’un point de vue financier. Mais il ne faut pas perdre de vue les avantages de la sociabilisation à l’extérieur de la maison.

Pourquoi les jeunes préfèrent rester à la maison (et ce que révèle cette tendance)

De nos jours, les jeunes au Canada ne passent plus leurs soirées du vendredi de la même façon qu’auparavant. Un nouveau type de contenu est apparu sur TikTok et Instagram : les jeunes organisent des soupers à la chandelle et des soirées de jeux de société dans de tout petits appartements ou des 5 à 7 dans leur cour arrière, avec une bouteille de vin à 12 $. Le décor est réconfortant, l’ambiance, intentionnelle. Et avec le contexte économique actuel, qu’on le veuille ou non, ce genre de soirée est tout à fait logique.

De plus, les données vont également dans ce sens. Selon un sondage de 2025 mené par Samsung Canada (article en anglais), 85 % des ménages canadiens préfèrent maintenant les soirées cinéma à la maison plutôt que faire une sortie, 55 % affirment qu’ils préfèrent dépenser pour un système de cinéma maison plutôt que pour des activités à l’extérieur de la maison. Selon un rapport de Restaurants Canada de 2025[M1] , 81 % du groupe des 18 à 34 ans ont réduit leurs sorties au restaurant en raison de la hausse du coût de la vie; ce pourcentage est supérieur à la moyenne nationale de 75 %.

Pour les générations Z et Y en particulier, l’endroit de prédilection où socialiser est maintenant leur foyer. Cette tendance, cette « économie du chez-soi », reflète une préférence croissante pour les activités sociales à domicile offrant un maximum de confort à moindre coût plutôt que pour les sorties coûteuses.

Mais, s’agit-il d’un changement culturel ou simplement d’une solution au fait que toutes les activités à l’extérieur sont maintenant inabordables? Selon Cindy Chan, qui détient un doctorat en marketing, c’est probablement les deux.

« Je pense que c’est un peu des deux, explique Mme Chan, professeure associée en marketing au campus de Scarborough de l’Université de Toronto, qui mène des recherches sur la manière dont les gens perçoivent la valeur associée aux dépenses et aux activités sociales. Tout coûte plus cher et les gens doivent décider où couper dans leurs dépenses. Mais aussi, la jeune génération n’associe pas la même valeur au fait de sortir de la maison que les générations précédentes. »

Rester chez soi n’a jamais été aussi facile et sortir n’a jamais été aussi peu attrayant

Une partie de cette équation de valeur a changé en raison des nouvelles technologies. La diffusion en continu a éliminé l’une des principales raisons pour lesquelles les gens sortaient de chez eux : l’accès aux dernières nouveautés en matière de divertissement. La livraison de repas a fait de même pour les restaurants. Les désagréments d’une sortie en soirée sont maintenant nombreux, comparés aux avantages liés au fait de rester chez soi.

« Les gens ont parfois l’impression d’avoir différents obstacles à surmonter pour sortir de la maison, explique Mme Chan, alors que l’on peut ressentir à peu près la même satisfaction à rester à la maison pour faire une activité qui, autrefois, ne se faisait qu’à l’extérieur. »

Il y a également la tendance à moins consommer d’alcool. Selon les données de Restaurants Canada, 41 % des Canadiennes et Canadiens affirment avoir réduit leur consommation d’alcool (article en anglais) au cours de la dernière année, et un tiers de ces personnes disent que c’est pour des raisons financières. Selon Mme Chan, cette tendance transforme les habitudes de socialisation et les lieux choisis pour se rassembler.  Faire la tournée des bars, comme le faisaient les jeunes des générations précédentes, n’a aucun attrait pour une personne qui ne consomme pas d’alcool.

Pourquoi nous recherchons plus que jamais le confort et les vrais échanges

Mme Chan souligne également quelque chose de plus profond, qui alimente la tendance à la recherche du confort : les besoins émotionnels. L’instabilité du marché de l’emploi, l’incertitude géopolitique et la crise du logement qui persiste sont source d’anxiété. En s’entourant de ses proches, on se crée un sentiment de sécurité qu’un bar bondé ne peut pas offrir.

« Les gens recherchent du réconfort, dit-elle. Rester en sécurité chez soi en toute tranquillité est un bon moyen de s’en procurer. Les gens veulent se sentir en sécurité, être au chaud et se laisser aller à la détente. » Les contenus sur TikTok qui vantent les bienfaits de rester chez soi, interpellent les gens parce que rester à la maison répond à un besoin émotionnel. Ce n’est pas seulement pour faire des économies. Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus expérientiel et émotionnel. Si c’est cet aspect qui interpelle les gens, c’est peut-être parce qu’ils veulent se trouver dans un environnement calme, éviter les situations stressantes, et passer du temps de qualité en compagnie de leurs proches. »

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un souper à la maison pour quatre personnes représente une facture d’épicerie de 60 $ à 80 $. Tandis qu’un souper au restaurant pour quatre, en incluant boissons et pourboire, peut facilement dépasser 300 $.

Il y a un coût à rester chez soi

Malgré tout, Mme Chan prend soin de ne pas trop idéaliser cette tendance à rester à la maison. Ses recherches, qui portent sur l’intersection des comportements de consommation et des relations sociales, l’ont amenée à réfléchir à ce que les gens perdent en réduisant leurs sorties.

Elle parle aussi du concept des « liens faibles », c’est-à-dire les relations que vous tissez avec des connaissances, les voisin(e)s et la barista qui vous sert votre café. Selon ses recherches, ces liens sont bien plus importants que ce que l’on croit. Une étude de Nicholas Epley (article en anglais), un professeur de la Booth School of Business de l’Université de Chicago, a révélé que les gens sous-estiment le plaisir que l’on a à converser avec une personne inconnue et surestiment l’embarras qu’une telle conversation pourrait créer. 

Une autre étude menée par le psychologue Amit Kumar (article en anglais), professeur associé au campus d’Austin de l’Université du Texas, a révélé que de telles interactions encouragent les gens à faire preuve d’altruisme, par exemple à faire un don à un organisme de bienfaisance local ou à aider un voisin, parce qu’elles renforcent le sentiment d’appartenance.

« Si vous perdez complètement ces liens faibles, mentionne Mme Chan, vous perdez du même coup votre sentiment d’appartenance à la collectivité. Vous n’avez plus l’impression de faire partie du quartier, parce que vous ne quittez plus votre maison, vous ne croisez plus de collègues par hasard dans un café et vous n’avez plus d’occasions de petites interactions. »

Par ailleurs, elle soulève un autre problème sous-jacent, les lacunes d’une génération dont le développement social à l’adolescence a été interrompu par la pandémie de COVID-19. Les aptitudes nécessaires pour bavarder de tout et de rien, engager une conversation avec une personne inconnue et composer avec un léger inconfort peuvent s’émousser si on ne les exerce pas. Si vous cessez d’avoir ces petits moments d’échange au quotidien, qui sont plus agréables que vous le pensez, la moindre sortie vous semblera plus difficile qu’elle ne l’est en réalité. Le fossé entre le confort de votre canapé et l’anxiété ressentie dans le monde extérieur ne cesse de se creuser.

Garder la porte ouverte aux petites interactions

Rien de tout cela ne signifie que l’économie du chez-soi est intrinsèquement mauvaise. Mme Chan tempère ses propos : rester chez soi avec ses proches dans un environnement qui permet d’avoir de véritables conversations et de tisser des liens est vraiment précieux. L’élément qui la préoccupe, c’est le maintien d’un équilibre.

« Je ne voudrais pas que les gens perdent de vue les avantages que l’on peut avoir à vivre les choses en dehors de la maison, explique-t-elle. Il faut avoir une vision d’ensemble : quels sont les éléments qui contribuent à mon bonheur et à ma vie sociale? Et est-ce que je prends des décisions qui me permettent de combler ces besoins tout en agissant de façon financièrement responsable? »

Il est tout à fait normal d’apprécier les soirées à la maison. Cependant, il est aussi important d’avoir une vie sociale extérieure.

 

Traduction d’un article de Alicia Tyler publié par MoneySense dont la diffusion a été autorisée par DiveMarketplace d’Industry Dive. Pour toute question sur les droits de reproduction, écrivez à legal@industrydive.com.

 

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