L’inflation a ralenti, mais le pétrole a pris de la vitesse
Assiste-t-on à une désinflation aux États-Unis?
L’inflation aux États-Unis a fini par reculer. L’indice des prix à la consommation a baissé de 0,4 % en juin, le taux annuel est passé de 4,2 % à 3,5 %, et l’inflation de base a ralenti à 2,6 %, tous ces chiffres étant meilleurs que prévu. Les prix de gros ont également chuté. Mais il y a un hic : cette amélioration est surtout attribuable à l’énergie. L’essence a chuté de près de 10 % en juin, mois pendant lequel le cessez-le-feu a brièvement tenu et le pétrole s’est effondré. Tout cela, c’est du passé. Les États-Unis ont mené des frappes pendant plusieurs nuits consécutives, le président Trump a envisagé un blocus et le pétrole est reparti à la hausse.
Le marché obligataire l’a bien remarqué. Le taux à 30 ans, en se maintenant au-delà des 5 %, se trouvait à un sommet depuis les jours précédant la crise financière. Pendant que les actions se négociaient en fonction de l’inflation de juin, les obligations se négociaient en fonction des cours pétroliers de juillet.
Quels sont les secteurs les plus performants en cette saison des résultats?
La période des bénéfices a commencé en force, mais les réactions ont été partagées. Goldman Sachs a bondi de 8 %, Morgan Stanley a dépassé les estimations, et BlackRock a connu son meilleur jour en plus d’un an. Bref, les banques ont été récompensées.
La réalité est toute autre pour les puces électroniques. ASML (une société néerlandaise qui construit des machines de fabrication de micropuces) a revu à la hausse ses prévisions pour une deuxième fois cette année, mais l’industrie a quand même perdu des plumes, Micron (une société américaine de semiconducteurs) ayant notamment cédé 9 %. Jeudi, TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) a affiché une hausse de 77 % de son bénéfice, mais son action a perdu 4 %, entraînant dans sa chute le secteur des semiconducteurs. Deux fois en trois jours, une grande société de semiconducteurs a vu son action reculer malgré de bons résultats.
SpaceX est revenue à son point de départ en terminant pour la première fois une séance sous les 135 $, prix de son premier appel public à l’épargne, après avoir culminé à 225 $ en juin. Nous avons fait remarquer que cette action allait tester l’appétit pour la croissance à fort prix. Le verdict a été rendu. Ce n’est pas une question de fondamentaux, c’est une question de prix. Le marché continue de récompenser les bonnes nouvelles si les prix sont raisonnables et de les pénaliser s’ils ne le sont pas.
Pourquoi la Banque du Canada a-t-elle maintenu son taux d’intérêt?
La Banque du Canada (BdC) a maintenu son taux directeur à 2,25 % pour une sixième fois. Le plus intéressant, c’était le ton du discours; la croissance a repris, le deuxième trimestre se rapprochant de 2,5 % (annualisé) après deux trimestres négatifs. L’inflation excluant l’essence s’est établie à 2,2 %, tandis que l’inflation de base s’est située à près de 2 %. Fait à remarquer, il n’était plus question de hausses consécutives, comme en avril.
Le gouverneur de la BdC, Tiff Macklem, s’est toutefois gardé une porte ouverte, en affirmant que la BdC ne laisserait pas le pétrole provoquer de l’inflation persistante. Mais il s’agissait d’une déclaration plutôt neutre; on peut donc voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Les marchés prévoient maintenant que la BdC maintiendra le statu quo jusqu’en 2027, et que la Réserve fédérale américaine (la Fed) procèdera à des hausses. Dans les propres mots de M. Macklem, le dilemme se résoudrait de lui-même.
Comment les marchés réagiront-ils au pétrole?
Jusqu’à maintenant, l’accélération des bénéfices est attribuable aux grandes sociétés technologiques. Le pétrole pourrait toutefois jouer les trouble-fête. Après avoir créé de la désinflation en juin, il entre dans les calculs de la Fed pour une éventuelle hausse des taux, et il déterminera si les prévisions de M. Macklem sont viables. Au terme d’une semaine pendant laquelle des données appelant une baisse de taux n’ont pas fait broncher le marché boursier, il s’agit de connaître la vraie anomalie : l’inflation qui ralentit en juin, ou le baril qui repart en trombe en juillet?
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.