Le succès de l’IA n’a pas été récompensé et le pétrole a rebondi
Que s’est-il passé avec le cours de l’action d’Alphabet?
Alphabet a livré la marchandise; ses revenus ont augmenté de 24 % pour s’établir à 119,8 milliards de dollars, ceux provenant de la publicité ont dépassé les attentes, et ceux de l’infonuagique ont progressé plus rapidement pour atteindre 82 %, contre 63 % au dernier trimestre. Cela n’a pas empêché l’action de chuter assez durement.
Il faut lire entre les lignes pour comprendre pourquoi : les prévisions de dépenses en capital ont encore été rehaussées, atteignant pas moins de 205 milliards de dollars cette année. Il s’agit de la deuxième augmentation cette année. Les flux de trésorerie disponibles ont été négatifs, et l’investissement dans l’IA a été financé en partie par la vente de près de 50 milliards de dollars d’actions en juin, et de plus de 20 milliards de dollars de titres de créance. En juin, nous avions demandé à l’entreprise comment elle financerait l’expansion de l’IA. Alphabet avait répondu qu’elle s’y prendrait de toutes les manières possibles, y compris au moyen de vos actions.
L’ironie du sort : les bénéfices globaux ont triplé à 9,11 $ par action, mais cela comprend 99 milliards de dollars de gains sur papier, en grande partie grâce à des participations dans Anthropic et SpaceX. Si l’on n’en avait pas tenu compte dans l’équation, les profits auraient manqué leur cible de peu. Les paris d’Alphabet sur l’IA portent leurs fruits sur papier dans d’autres entreprises, mais ses activités de base consomment les liquidités dont elles ont besoin pour croître. Plus personne ne doute de la croissance, mais tout le monde redoute les coûts.
Comment le secteur des micropuces se porte-t-il?
Le secteur des micropuces a commencé la semaine officiellement en territoire baissier, en repli de 20 % par rapport à son record de juin, après avoir effacé le tiers de ses gains qui avaient atteint près de 97 % cette année. Les bénéfices des semi-conducteurs au deuxième trimestre devraient augmenter de 131 %. Parmi les sociétés de l’indice S&P qui ont publié leurs bénéfices jusqu’à présent, près de 88 % ont dépassé leurs prévisions.
ASML (une société néerlandaise qui construit de l’équipement pour fabriquer les micropuces d’IA les plus puissantes) et Taiwan Semiconductor Manufacturing Company ont toutes les deux dépassé leurs estimations de bénéfices ce mois-ci, mais leurs actions ont chuté. Ce n’est pas la demande qui est remise en question, mais plutôt le prix. Le secteur affiche toujours une avance de 53 points sur l’indice même après avoir baissé de 20 %, ce qui laisse de la place pour une compression des valorisations sans qu’une seule commande soit annulée.
Les flux de capitaux nous indiquent à quel type de correction nous avons affaire. Les capitaux se déplacent vers les actions de valeur et du secteur de l’énergie; ils ne sont pas retirés des marchés. C’est le marché qui dicte, pour chaque titre, le coût de la perfection.
Qu’est-ce qui explique le rebond des prix du pétrole?
Le conflit en Iran n’a cessé de s’aggraver : des frappes américaines ont été menées pendant onze nuits consécutives, les Houthis ont établi un embargo sur la navigation saoudienne, le conflit menace de s’étendre en mer Rouge et Washington a déclaré que l’Iran ne prenait pas les pourparlers au sérieux. Le prix du pétrole Brent se maintient à un sommet de six semaines, à plus de 20 $ au-delà de son creux du début de juillet.
Il est facile de prédire l’effet sur l’inflation. La baisse encourageante de l’indice des prix à la consommation aux États-Unis de juin (qui a fait augmenter la probabilité à 85 % que la Réserve fédérale américaine [la Fed] maintienne son taux d’intérêt) reposait sur une baisse de 10 % du prix de l’essence. Cette baisse est désormais à oublier. La désinflation que les marchés ont célébrée la semaine dernière disparaît, un baril à la fois, tandis que le marché obligataire n’y a jamais cru. Le taux à 30 ans est demeuré supérieur à 5,1 % pendant toute la période.
Les banques centrales américaine et canadienne sont sur la corde raide. La Fed se réunira mercredi prochain et l’on s’attend toujours à ce qu’elle maintienne les taux, même si l’on croit de plus en plus que sa décision pourrait aller dans les deux sens. De plus, la prévision formulée la semaine dernière par le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, était tributaire d’une seule condition : que les prix du pétrole continuent de descendre de leurs niveaux élevés. Une semaine plus tard, ça ne semble pas être le cas.
Quelles sont les données clés sur le marché à venir la semaine prochaine?
La Fed prendra sa décision de réduire ses taux mercredi prochain, ce qui ne peut pas être tenu pour acquis. Arrivera ensuite la plus grande salve de résultats des sociétés à très grande capitalisation. De plus, les données sur les dépenses de consommation personnelle pour juin (le montant dépensé par les ménages américains en biens et services) clôtureront le mois. La semaine dernière, nous nous demandions quelle serait la vraie anomalie : l’inflation qui ralentit en juin, ou le baril qui repart en trombe en juillet. Nous avons eu notre réponse : le baril. Reste maintenant à savoir pendant combien de temps la Fed peut qualifier le choc pétrolier de temporaire alors qu’il est si persistant.
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.