Le paradoxe de l’IA : résultats records, actions en baisse
Pourquoi certaines actions d’IA ont-elles reculé?
Pratiquement tout réussissait à Broadcom, une société américaine de semiconducteurs. Le chiffre d’affaires, en hausse de 48 %, a atteint un record à 22,2 G$, et les revenus tirés des puces d’IA ont plus que doublé, à 10,8 G$. La direction a qualifié la demande d’insatiable, et a prédit que le chiffre d’affaires futur serait encore plus élevé. Pourtant, l’action a chuté de plus de 15 % jeudi.
Dans les résultats, il n’y avait rien à redire; le problème en était un de contexte. Pendant que les actions fracassaient des records, les résultats en IA n’ont pas été à la hauteur des estimations les plus optimistes, et les prévisions à long terme de l’entreprise sont restées telles quelles. Après une telle performance, de très bons résultats peuvent quand même décevoir. Le scénario s’est répété avec Crowdstrike, une entreprise de cybersécurité basée sur l’IA : même si les attentes ont été surpassées, son action a connu un revers, après une hausse ces derniers mois, pour ensuite rebondir quelque peu.
En somme, les données fondamentales dans le monde de l’IA sont toujours solides; le problème, c’est que le marché est encore plus exigeant. Lorsqu’une action est évaluée pour l’issue la plus formidable, il ne suffit plus de dépasser les attentes.
Comment les entreprises couvrent-elles les dépenses en l’IA?
Lorsqu’Alphabet (la société mère de Google) a annoncé son intention de procéder à une émission d’actions de 80 G$ pour financer des centres de données, son titre a brusquement cédé 4 %. Pendant deux ans, le marché s’est satisfait des dépenses massives d’immobilisation en IA, y voyant là de l’ambition de la part des entreprises. Toutefois, lorsque l’on vend autant d’actions pour couvrir ces dépenses, on envoie un autre message. La question de la dilution est ainsi soulevée, et ce qui fait débat, ce n’est plus tant l’ampleur des dépenses en IA que son mode de financement et le temps qu’il faudra aux investisseurs pour récupérer leur mise. Autrement dit, le marché est dubitatif devant la facture qui lui est présentée, et on le remarque dans le cours des actions. Mais si l’on prend du recul, on voit quand même que les résultats ont été tout à fait incroyables cette année.
Quel a été l’impact des cours du pétrole sur les marchés?
Pendant des mois, le marché a traité le conflit en Iran comme un bruit de fond, mais c’était moins vrai cette semaine. Les États-Unis ont frappé l’Iran et l’Iran a répliqué par une salve de missiles sur le Koweït, ce qui a fait vaciller les actions et provoqué une remontée du pétrole. L’indice S&P 500 a flanché après neuf séances de gains consécutives, et l’indice S&P/TSX a cédé près de 370 points mercredi, après avoir battu un record la veille.
Les cours élevés du pétrole se sont reflétés dans les obligations; en effet, le taux à 10 ans a atteint la barre des 4,5 %, tandis que celui à 30 ans est revenu à 5 %. Cette hausse des taux a pénalisé les titres technologiques fortement évalués qui étaient à l’avant-garde de la remontée boursière. Un cessez-le-feu décrété jeudi a permis un recul du pétrole et des taux, de même qu’un retour aux actions des banques et des détaillants. Cette tendance va-t-elle durer? Seul l’avenir nous le dira.
Au Canada, le prix élevé du pétrole favorise les actions énergétiques à la Bourse de Toronto, mais il accentue aussi le dilemme de la Banque du Canada, qui doit maintenant jongler avec une forte inflation et une récession technique.
Qu’en est-il des données sur l’emploi et des décisions sur les taux d’intérêt?
La semaine prochaine nous réserve deux tests. Vendredi, on devrait annoncer un gain de 85 000 emplois en mai aux États-Unis, un chiffre en recul par rapport à celui d’avril. La Banque du Canada prendra sa décision au sujet des taux d’intérêt le 10 juin, et elle pencherait vers le statu quo, tout en surveillant chaque soubresaut des cours du pétrole. Après une semaine pendant laquelle les bonnes nouvelles ont été mal reçues et un vieux risque a refait surface, la question est simple : lorsque les attentes sont aussi fortes, qu’est-ce qui pourrait être considéré comme une agréable surprise aujourd’hui?
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.