Warsh relève les taux, Carney vise de nouveaux horizons
Pourquoi la Réserve fédérale américaine a-t-elle relevé son taux d'intérêt?
La Réserve fédérale américaine (la Fed) a relevé son taux directeur d'un quart de point de pourcentage mercredi, le portant dans une fourchette de 3,75 % à 4 %, sa première hausse depuis juillet 2023. Le vote a été unanime, par 12 voix contre 0. De plus, 16 décideurs de la Fed sur 18 s'attendent à une autre hausse de taux cette année, quatre d'entre eux en prévoient deux, et aucune augmentation n'est prévue pour les années suivantes. Les prévisions d'inflation ont été revues légèrement à la hausse, 3,7 % pour les DPC globales (indice des dépenses personnelles de consommation, une mesure clé de l'inflation aux États-Unis) et 3,4 % pour les DPC de base (hors aliments et énergie).
Le président de la Fed, Kevin Warsh, a qualifié la décision de « retrait partiel de l'accommodement » (soit une réduction d'une politique stimulant l'économie) et a répété que les données de cet été ne lui fournissent aucune preuve d'une amélioration des tendances inflationnistes sous-jacentes. Les marchés boursiers ont peu réagi à l'annonce initiale et ont reculé pendant son allocution.
Le président américain Donald Trump avait choisi M. Warsh dans l'espoir qu'il réduise les taux, déclarant quelques jours plus tôt qu'aucun pays ne devrait avoir des taux inférieurs à ceux des États-Unis. M. Warsh a néanmoins voté en faveur d'une hausse. Le fait qu'un président de la Fed affirme son indépendance aussi rapidement modifiera la façon dont les marchés interpréteront chacune des prochaines réunions, et dissipera l'idée que la Maison-Blanche fixe le plafond des taux.
Jusqu'où les rendements des obligations du Trésor à 10 ans ont-ils grimpé?
Les arguments en faveur d'une hausse des taux se sont renforcés au cours de la semaine. Les forces houthis ont saisi d'autres îles le long des voies de navigation de la mer Rouge, et une attaque a mis hors service l'oléoduc Est-Ouest de l'Arabie saoudite, les autorités affirmant que les réparations dureront des semaines. Le choc d'approvisionnement s'est étendu des eaux iraniennes aux infrastructures saoudiennes. Le pétrole brut Brent s'est négocié à près de 107 $ US le baril.
Le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans a dépassé 5 % mardi, un niveau proche des sommets des deux dernières décennies. Ce niveau influence tous les taux d'actualisation (les taux d'intérêt utilisés pour évaluer les placements) dans l'ensemble du marché obligataire, et il a été atteint la même semaine que la hausse des taux par la Fed.
Les actions canadiennes en ont ressenti les effets. L'indice S&P/TSX (indice qui regroupe les plus grandes sociétés du Canada) a clôturé lundi à 35 703 points après la publication d'un rapport mitigé sur l'inflation au pays, avant de reculer de 0,67 % mardi (l'énergie étant le seul secteur à offrir un véritable soutien), après avoir enregistré sa pire baisse hebdomadaire depuis mars. L'indice, qui avait surperformé le S&P 500 durant l'été (l'indice des plus grandes sociétés américaines) est maintenant mis à l'épreuve par les mêmes prix du pétrole qui avaient contribué à sa progression.
Que se passe-t-il entre le Canada et l'Union européenne?
La plus importante nouvelle canadienne n'avait rien à voir avec les taux. Dans son discours sur l'état de l'Union, mercredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a invité le Canada à devenir le premier membre associé de l'Union européenne, présentant cette initiative comme une alliance pour l'avenir. Le premier ministre Mark Carney s'est adressé jeudi au Parlement européen à Strasbourg. Il a salué cette ambition, tout en excluant une adhésion complète, et a proposé que le Canada se joigne à Erasmus+ (le programme de la Commission européenne destiné à soutenir l'éducation, la formation, la jeunesse et le sport) ainsi qu'à Horizon Europe (le programme de financement de la recherche de l'Union européenne). Il s'est engagé à soumettre cette proposition à un débat et à un vote au Parlement.
Donald Trump a qualifié l'idée d'acte hostile et de proposition risible. M. Carney a répliqué que le Canada et l'Europe ne sont pas des alliés de circonstance et qu'un partenariat renforcé avec l'Europe ferait du Canada un partenaire encore meilleur pour les États-Unis.
Trois semaines après l'échec des discussions entre Ottawa et Washington et l'imposition mutuelle de droits de douane, Ottawa met en place une alternative. Les marchés ne tiendront pas compte rapidement de ce développement; réduire la dépendance à l'égard d'un seul partenaire commercial représente un changement structurel qui se mesure en années. Le sommet Union européenne-Canada à la fin d'octobre sera le premier moment où cette nouvelle orientation commencera à prendre forme.
La Fed continuera-t-elle d'augmenter les taux d'intérêt?
Après une semaine au cours de laquelle la Fed a finalement relevé son taux et où Ottawa a cherché de nouveaux partenaires, la question est maintenant de savoir jusqu'où le prix du pétrole devra augmenter avant qu'une hausse de taux ne se transforme en cycle.
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