Comment éviter les distorsions comportementales en finance

Souvent, les investisseurs ont des comportements anodins, mais malavisés qui peuvent faire dérailler même les plans financiers les mieux conçus. Les distorsions comportementales en finance font partie des distorsions cognitives que nous avons tous. Selon certains, il en existe des dizaines : certaines interagissent avec d’autres, d’autres sont coïncidentes et d’autres sont même contradictoires.

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Nous allons explorer dans le présent article les nombreuses distorsions d’investissement qui peuvent nuire à la prise de décisions financières et suggérer des mesures simples pour vous aider à les éviter.

Les distorsions comportementales courantes en finance

Les points d’ancrage

Il s’agit de la tendance à trop se fier au premier élément d’information que nous entendons et de l’impact que cela peut avoir sur nos décisions subséquentes. Ou du phénomène voulant que dans une négociation salariale, celui qui fait la première offre ouvre dans l’esprit de chacun l’éventail des possibilités vraisemblables.

Les points d’ancrage sont surtout répandus dans les placements, qu’il s’agisse des cours cibles des analystes, des fourchettes récentes de cours, des pics de performance, des moyennes mobiles, et de la distorsion la plus puissante de toutes : le cours auquel vous achetez vos titres! Tous ces points d’ancrage peuvent influencer votre perception de la juste valeur d’un placement.

Comme il est difficile et fastidieux de procéder à des analyses approfondies, les investisseurs peuvent trop se fier aux points d’ancrage. Même les professionnels de l’analyse des actions peuvent avoir des distorsions d’investissement. Ils se fieront souvent à leurs évaluations précédentes parce qu’il est beaucoup plus facile d’évaluer une action par rapport à son cours précédent que de refaire une analyse approfondie à partir de zéro.

La confirmation et l’attachement

La confirmation est peut-être la distorsion d’investissement la plus reconnue. Cette distorsion comportementale ne se limite pas au domaine de la finance, mais elle influe aussi sur d’autres aspects de notre quotidien. Il s’agit de la tendance à donner, dans nos décisions, trop d’importance à l’information qui étaye nos idées préconçues et à rejeter l’information qui ne fait pas notre affaire.

En outre, plus il y a de gens à qui vous avez fait part de votre décision (comme d’acheter telle ou telle action), plus il est probable que vous refuserez de changer d’idée; c’est ce qu’on appelle la distorsion de l’attachement.

L’illusion du groupement

Il s’agit de la propension à voir des tendances dans les événements aléatoires (comme lorsque le cours de votre action préférée monte pendant 15 jours d’affilée). C’est ce qu’on appelle aussi parfois l’effet du « tireur d’élite », allusion au phénomène qui consiste à discerner des tendances dans les données, puis à « tracer des cibles » tout autour de ces tendances ainsi extraites.

L’illusion du groupement se produit souvent dans les jeux de hasard. Si, au casino, on tombe sur le rouge dans une roulette à un certain nombre de reprises dans une chaîne de mises consécutives, les gens ont tendance à croire qu’il est plus probable qu’une mise tombe à nouveau sur le rouge, alors que les probabilités que cela se produise seront toujours de 50 %.

Il s’agit d’une notion importante qu’il faut se rappeler en surveillant l’évolution des cours des actions. Que les mouvements les plus récents aient été vers le haut ou vers le bas ne laisse absolument rien présager à propos de l’orientation probable de la séance suivante.

La récence

L’investissement dicté par la tendance récente est une manifestation précise de la « récence ». Plus généralement, la récence est simplement la distorsion d’investissement qui consiste à donner plus d’importance à l’information la plus récente et moins d’importance aux données moins récentes. La récence teinte nos décisions selon l’ordre dans lequel l’information nous est présentée.

Certains ont plus de facilité à se rappeler les derniers chiffres dans une liste (récence), alors que d’autres ont plus de facilité à se souvenir des premiers chiffres (point d’ancrage ou primauté). La récence peut inciter les investisseurs à croire que le marché suivra toujours la tendance actuelle, ce qui peut les amener à prendre des décisions peu judicieuses.

La disponibilité 

Certaines personnes tablent trop sur l’information aisément disponible. La distorsion de la disponibilité peut être vue comme l’hésitation à effectuer une recherche approfondie, ce qui peut s’expliquer par le choix énorme d’actions et de fonds offerts. Souvent, les investisseurs ne considèrent que les titres qui sont portés à leur attention.

Il est dangereux d’acheter impulsivement un fonds ou une action parce qu’on a vu une publicité à leur sujet. Cette distorsion d’investissement est inexcusable car il existe des outils permettant de prendre des décisions éclairées.

La propriété et le choix

Aussi appelée le « parti pris du statu quo » ou l’« effet de la simple propriété », la distorsion de la propriété signifie que les gens sont enclins à surévaluer systématiquement ce qu’ils ont déjà. Des études ont démontré qu’un bien, aux yeux de celui qui le possède, a une valeur bien supérieure à celle que perçoivent les acheteurs potentiels.

Vous devez réévaluer chaque titre de votre portefeuille à intervalles réguliers avec votre conseiller, ce qui peut devenir difficile parce que la possession d’un titre est le résultat de votre propre décision (l’inclination à se donner bonne conscience à propos d’une décision que l’on a prise).

Cette distorsion comportementale en finance est même plus forte chez les investisseurs et les conseillers qui croient que leur portefeuille maison est supérieur à ceux que créent les professionnels des placements qui font appel à des outils qualitatifs perfectionnés, à de vastes banques de données et à la théorie moderne des portefeuilles. Pourtant, ils ne s’attendraient certes pas à l’emporter, dans un match improvisé, sur un joueur de basketball professionnel. 

L’optimisme et l’excès de confiance

L’optimisme et sa cousine, la confiance, nous font aller de l’avant; or, le surcroît d’optimisme est un piège. Ils peuvent nous porter à surévaluer nos connaissances et nos compétences (la plupart des investisseurs sont en effet persuadés d’être supérieurs à la moyenne). À cause de cette distorsion, nous sommes enclins à prendre de plus grands risques (comme faire des opérations trop souvent et négliger de bien diversifier nos portefeuilles). 

Les opérations excessives sont le signe d’un excès de confiance et il a été prouvé que cette distorsion comportementale se traduit par un rendement inférieur à la moyenne. Les opérations fréquentes s’apparentent parfois à une course à la performance, mais elles s’expliquent souvent par la distorsion de l’excès de confiance. 

La rétrospective et l’attribution

La distorsion de la rétrospective est la tendance à réécrire son histoire personnelle pour se donner le beau rôle. Voulant paraître plus astucieux, les investisseurs ont souvent de la difficulté à se rappeler de l’information et des processus décisionnels à l’origine de leurs placements. Ils ont fortement tendance à croire que les événements qui se sont déjà produits dans le secteur de la finance étaient plus prévisibles qu’ils l’étaient effectivement avant d’avoir lieu : peu de gens avaient prédit la crise financière de 2008, mais de nombreuses personnes croient de nos jours que cette crise était manifeste.

Lorsqu’on fait un retour sur les événements, il peut être difficile d’imaginer que d’autres événements auraient pu se produire, même si l’on s’attendait à l’époque à ce que ces autres événements aient lieu.

La distorsion de l’attribution est la proche cousine de la distorsion de la rétrospective. Quand une décision de placement est fructueuse, nous nous empressons d’attribuer ce résultat favorable à notre savoir-faire, mais lorsque les choses tournent mal, nous avons tendance à en imputer la faute à des causes externes.

Ces distorsions d’investissement nous empêchent de tirer des leçons de nos erreurs. Si nous ne pouvons examiner d’un œil critique les décisions que nous avons prises dans le passé, nous ne pourrons pas éviter l’excès de confiance dans les décisions que nous prendrons à l’avenir. La distorsion de la rétrospective peut avoir une autre conséquence : les regrets. Croire que le passé était plus prévisible qu’il l’était effectivement peut conduire à des regrets, ce qui peut nous amener à cesser d’investir d’emblée.

Le dénouement

La distorsion du dénouement consiste à juger le bien-fondé d’une décision d’après son dénouement, plutôt que selon la manière dont elle a été prise. Comme les distorsions de la rétrospective et de l’attribution, la distorsion du dénouement est dangereuse puisqu’elle entraîne un excès de confiance et la prise de décisions téméraires. 

Comment surmonter les distorsions d’investissement

Il y a plusieurs moyens que vous pouvez prendre pour éviter les distorsions comportementales en finance et investir de manière plus avisée.

Faites vos recherches

Il existe une autre distorsion comportementale en finance qu’il vaut la peine de mentionner : celle de l’angle mort. La plupart des gens arrivent beaucoup plus facilement à reconnaître chez les autres que chez eux-mêmes les distorsions d’investissement. Autrement dit, l’impuissance à reconnaître ses propres distorsions constitue une distorsion en soi. Richard Feynman, physicien lauréat du prix Nobel, a dit que « le premier principe est de ne pas s’induire soi-même en erreur, et à cet égard, nous sommes souvent les plus sujets à nous induire nous-mêmes en erreur ». 

L’information est un outil essentiel pour reconnaître et corriger la distorsion de l’angle mort (par exemple, réaliser que les opérations excessives sont un signe d’excès de confiance). Vous serez ainsi plus enclin à suivre certains des conseils énumérés ici pour corriger cette distorsion.

Réunir le plus d’information pertinente possible avant de prendre des décisions est un moyen efficace d’éviter de nombreuses distorsions d’investissement. En consacrant plus de temps à l’analyse, nous serons moins portés à prendre des raccourcis et à tomber dans le piège des distorsions.

Se renseigner sur les tendances des rendements à long terme de différentes catégories d’actifs peut aider à avoir des attentes réalistes pour l’ensemble de vos placements.

Ne donnez pas trop d’importance aux résultats à court terme

La course aux rendements est une manifestation de la distorsion de la récence. Faire comme tout le monde est rarement rentable, parce que des acteurs qui sont beaucoup plus en moyens que vous ont déjà probablement repéré et exploité la tendance bien avant que vous l’ayez remarquée.

De nombreux professionnels aguerris dans le domaine des placements laissent entendre qu’il faut avoir l’esprit de contradiction. Suivez le conseil de Warren Buffett – « Soyez craintif quand les autres sont avides. Soyez avide quand les autres sont craintifs ».

Rappelez-vous que votre portefeuille a été soigneusement mis au point avec votre conseiller pour atteindre des buts et des objectifs précis dans un délai raisonnable et en fonction d’un niveau de risque adapté à votre situation personnelle. Il est tout à fait illogique de le liquider à cause de fluctuations à court terme des marchés.

Ne vérifiez pas votre portefeuille trop souvent : vous constaterez plus de pertes à court terme et serez plus susceptible de prendre de mauvaises décisions. L’un des objectifs clés en matière de placement est d’atténuer la volatilité et de réduire le risque en diversifiant les placements parmi les catégories d’actifs. Évaluez votre portefeuille sur une période suffisamment longue, car investir à long terme diminue l’influence des points d’ancrage.

Tenez compte de différents scénarios

Il est parfois utile de vous faire l’« avocat du diable », en défendant le point de vue contraire. Apprécier d’autres points de vue éclairera votre propre réflexion et vous aidera à éviter les distorsions d’investissement.

En traçant votre processus décisionnel et en identifiant chaque étape à laquelle vous devez faire un choix, vous aurez à tenir compte de certains autres scénarios, et ainsi, vous réduirez la distorsion de la confirmation.

Méfiez-vous de toute conclusion tirée de données sélectives

Recherchez le plus de renseignements pertinents que vous pouvez; toutefois, prenez garde à l’influence des distorsions de l’illusion du groupement et de la disponibilité mentionnées précédemment. Examinez l’envergure de la recherche qui sous-tend les recommandations de tiers, qu’il s’agisse d’analystes du marché, d’amis, de chroniqueurs ou même de professionnels de la finance.

Tenez un relevé des idées de placement 

Faites un suivi de vos succès et échecs personnels, mais notez aussi les idées que vous n’avez pas retenues. En revoyant continuellement les décisions de placement que vous avez prises, vous pourrez mieux comprendre ce qui motive votre comportement d’investisseur et vous éviterez les distorsions comportementales en matière de finance.

En faisant le suivi de vos bévues, vous saurez si elles s’expliquent par la malchance ou par une erreur que vous pouvez corriger dans votre processus décisionnel. 

Ne réagissez pas au bruit médiatique 

Rappelez-vous que tout ce que vous lisez dans les médias ne correspond qu’à une statistique prise à un moment précis. Ne réagissez pas avant d’avoir analysé attentivement toutes les autres statistiques. N’oubliez pas que de nombreuses émissions et de multiples commentaires diffusés à la télévision visent à émouvoir ou à inciter à l’action, plutôt qu’à informer.

Et lorsque vous êtes sur le point de réagir, parlez d’abord avec votre conseiller, et ensemble, vous pourrez plus facilement éviter les distorsions d’investissement et prendrez des décisions plus judicieuses.

Faites moins d’opérations 

Chaque opération fait un gagnant et un perdant. Puisque les deux intervenants croient qu’ils vont gagner, il faut que l’un d’eux soit perdant, ce qui est un signe évident d’excès de confiance chez au moins l’un d’eux. Après avoir tenu compte des honoraires, des commissions et du différentiel, le résultat net peut être négatif. C’est pourquoi les investisseurs rationnels ne font pas trop d’opérations.

Donnez-vous des règles 

Une manière de retirer toute émotion de l’équation consiste à vous en tenir à des règles inspirées de critères comme la rentabilité ou la stabilité financière (par exemple en liquidant les titres des sociétés dont les marges bénéficiaires tombent en deçà de certains seuils). De la sorte, vous vous en remettrez à des règles fondées sur des données solides, au lieu de réagir à des considérations affectives. 

Ne vous vantez pas de vos excellents choix d’actions et de fonds

Rendre vos choix publics ne fait que rehausser l’émotivité de vos placements, d’où la distorsion de l’attachement, ce qui vous empêche de réévaluer rationnellement ces choix par la suite. Recommandez plutôt les services du conseiller en placements qui vous a aidé à réfléchir mûrement et à prendre des décisions rationnelles pour obtenir de si bons résultats.

Faites appel à votre conseiller 

Un planificateur financier est un observateur impartial qui vous aide à faire échec à toutes les distorsions énumérées ci-dessus. Un conseiller peut vous aider à adopter des attentes réalistes à l’égard du rendement de vos placements et à tirer profit des ressources qui facilitent la prise de décisions éclairées et judicieuses.

Nouer un partenariat avec votre conseiller est aussi un moyen efficace d’éviter le piège des opérations fréquentes qui donnent lieu à de piètres résultats. Le fait même de discuter de votre retraite et de la planifier peut vous aider à atténuer les distorsions de l’excès de confiance et de l’optimisme qui vous empêchent de prendre des décisions de placement avisées. Vous comprendrez mieux ainsi la nécessité d’épargner et d’investir dès aujourd’hui. 

Discuter régulièrement avec un conseiller IG permettra d’atténuer le risque d’être victime de distorsions comportementales en finance. Si vous n’avez pas de conseiller IG, vous pouvez en trouver un ici

Ce document, rédigé et publié par IG Gestion de patrimoine, contient des renseignements de nature générale seulement, considérés comme exacts à la date de publication. Son but n’est pas d’inciter le lecteur à acheter ou à vendre des produits de placement précis ni de fournir des conseils juridiques, fiscaux ou de placement.